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samedi 11 avril 2009

25- SANSAL au pays du mal-vivre. La mascarade électorale

Point de vue

Algérie, pays du mal-vivre, par Boualem Sansal

LE MONDE | 28.03.09 | (in : lemonde.fr)


Ce que je redoutais est arrivé, on me demande mon avis sur l'élection présidentielle du 9 avril. Franchement, j'ai beau chercher, je ne trouve rien à dire. Et puis c'est dangereux de parler, la récréation est terminée, l'heure est à l'alignement. Le président Abdelaziz Bouteflika sera réélu, point à la ligne. Il l'a décidé, c'est réglé.
Que dire d'autre ? Passée la petite formalité du scrutin, il reprendra son sceptre et fera ce qu'il fait depuis toujours. Idem pour les Algériens, ils rangeront leurs convocations et feront ce qu'ils ont toujours fait. La force de l'habitude. Après une huitaine d'élections présidentielles triomphales depuis la naissance de la République algérienne démocratique et populaire en juillet 1962, chacun sait ce qu'il a à faire, tout se passe comme à la poste.
Pour le dire d'une phrase, je reprendrais une formule célèbre du Canard enchaîné à propos de je ne sais quelle réforme de fond engagée par le gouvernement de je ne sais quel dictateur, le deuxième (Houari Boumediene 1965-1978) ou le troisième (Chadli Bendjedid 1979-1992) : "Le gouvernement fait semblant d'augmenter les salaires et les Algériens font semblant de travailler" et la pasticherais ainsi : "En Algérie, le président autoproclamé fait semblant d'être candidat, et les Algériens font semblant de voter."
Mais cela, avais-je besoin de le dire, même au pôle Nord on le sait. On le sait depuis si longtemps qu'on a sans doute fini par l'oublier. En se pressant la tête, une image pourrait éventuellement surgir. Oui, c'est ça, l'Algérie, Algeria ! Ce pays lointain où il fait si mal vivre ! Mais les souvenirs forcés comme les cadavres qui remontent à la surface, on sait ce que c'est, ils ne disent pas tout. Qui sont ces cadavres putréfiés que dégorgent des charniers de hasard ? Qui sont ces cadavres déchiquetés que Mare Nostrum charrie d'une rive à l'autre comme des déchets industriels, et ces squelettes qui tombent des placards, qui sont-ils, qui les a mis là, pourquoi, quand, comment ?
Et ces pauvres gens qui hurlent dans les caves, qui sont-ils, qu'ont-ils fait ? Car enfin, mal vivre, c'est cela que ça veut dire, des gens qui meurent comme des chiens, et des gens qui les pleurent en cachette, et des gens qui dépérissent à force de vomir. C'est croiser chaque jour dans son quartier ses tortionnaires et les assassins de ses amis et devoir les saluer, ou baisser les yeux pour ne pas les blesser conformément à la loi de Réconciliation nationale. C'est faire semblant de rien et passer sa route.
Mal vivre, c'est ça, avoir honte de soi, de son pays et de l'humanité. C'est ce pays que M. Bouteflika gouverne depuis l'indépendance, comme second couteau de 1962 à 1979, homme de l'ombre de 1980 à 1998, et comme un roi gâteux de 1999 à ce jour, et entend le gouverner jusqu'à sa mort.
On aimerait pouvoir lui demander pourquoi il y a tant de criminels dans son royaume, protégés par la loi, et tant de miséreux et de persécutés qui rasent les murs. Parce que l'affaire est de retour dans l'actualité, je lui demanderais bien ce qu'il compte faire de l'assassin de Me Ali André Mécili, compagnon de M. Aït-Ahmed, abattu de trois balles dans la tête à Paris en avril 1987 ?
Ne le sait-il pas, il s'appelle Abdelmalek Amellou, il coule des jours sereins à Alger, non loin de son palais présidentiel. Pourquoi ne l'a-t-il pas livré à la justice française comme le demande instamment sa veuve, Annie Mécili. Elle ferait son deuil et nous saurions enfin de qui le tueur tenait son ordre de mission et qui, aujourd'hui, vingt-deux ans après, alors que le patron des services secrets de l'époque est décédé depuis trois ans, le protège à son tour ? Mais il y a eu tant de crimes et d'abominations, on ne saurait par quel bout commencer.
La mémoire n'en peut plus. Alors on regarde ailleurs, dans ces pays de violence, de peine et d'impunité du bout du monde, on les connaît mieux, et parler de leurs crimes ne prête pas à conséquence. On pense à la Corée du Nord du dangereux Kim Jong-il, à Cuba des interminables frères Castro, à l'Afghanistan des sanguinaires talibans, la Libye du colonel terroriste Kadhafi, le Soudan d’El-Béchir l'exterminateur, la Birmanie du généralissime sorcier Than Shwe, la Chine du très hermétique Jintao, la Russie du kagébiste Vladimir Poutine, l'Iran de l'atomiste Mahmoud Ahmadinejad, et à ce pauvre Zimbabwe encore et toujours en proie au choléra et à Robert Mugabe. L'Algérie de M. Bouteflika, c'est un peu tout ça : de l'éternité, du thriller quotidien et beaucoup de pétrole dans les rouages.
Mais le problème est-il seulement algérien ? On ne peut pas ne pas se poser la question. Pourquoi et en échange de quoi Sarkozy a-t-il récemment déclaré : "Je préfère Bouteflika aux talibans." Outre président de la France et chanoine de Latran, serait-il aussi grand parrain dans l'Algérie de ces messieurs ? Pourquoi en son temps, en 1999 et 2004, Jacques Chirac, a-t-il adoubé Abdelaziz Bouteflika et de cette façon précipitée et ostentatoire alors que le débourrage des urnes n'était pas achevé ? Pourquoi la France officielle aime-t-elle tant nos tyrans ? Comment se fait-il qu’Alexandre Adler, qui n'est pas le dernier analyste de France, trouve tous les charmes au sieur Bouteflika ?
Il a écrit avec beaucoup de lyrisme dans son encre : "Il a cassé l'armée et désarmé les islamistes." Soit, mais le sait-il, le problème n'est pas tant l'armée mais les services secrets, ils sont plus forts que jamais. Ce sont eux les faiseurs de rois, de généraux, de milliardaires, ce sont eux qui animent la machine de la terreur et décident qui doit vivre et qui doit mourir. Les islamistes désarmés ? Soit, mais ils sont plus forts que jamais, ils sont au gouvernement, à l'Assemblée, ils tiennent le bazar, ils ont converti Bouteflika et ses frères, reconquis la télévision, les mosquées, les écoles, et font ce qu'ils veulent de nos rues qu'ils enflamment à coups de bondieuseries et d'appels à la haine. Bouteflika a fait le vide pour faire de la place à son immense mégalomanie, les islamistes l'ont subrepticement occupé et lui gonflent la gandoura comme s'il était le Mahdi (Messie).
Boualem Sansal


Le djihad est ruse, l'islamisme sait attendre. La vraie question est : Que feront-ils lorsqu'ils auront le pouvoir ? MM. Sarkozy, Chirac et Adler le savent-ils ? M. Bouteflika qu'ils soutiennent et encouragent dans ses malversations n'est pas éternel, vu son âge et son état de santé, on peut même avancer qu'il est fini. On ne tardera donc pas à revenir vers eux pour leur poser la question qu'ils ont oublié de se poser : Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? Encore un coup d'Etat, encore une guerre, un autre génocide, des exodes et des sans-papiers à n'en plus finir ?

En attendant, formalisme oblige, il y a la campagne électorale. Le président-candidat-déjà-élu l'a engagée avant l'heure et la mène comme un sultan fatigué visite ses provinces. Il débarque avec sa police et ses chaouchs (huissiers), dit trois mots au petit peuple, distribue de l'argent, chapitre les pouvoirs locaux honnis des indigènes, inaugure deux-trois vieux trucs repeints à neuf, offre un grand couscous aux nécessiteux, et repart tremblant de fièvre. La télé fera le reste, elle est très équipée pour les superproductions. Au journal télévisé de 20 heures, ce sera Barack Obama puissance 2.
Dans la course, le président-candidat-déjà-élu a cinq concurrents. On ne sait rien d'eux. Peut-être sont-ils des artistes engagés pour le film, peut-être sont-ils des gens sérieux. Il y a une trotskiste de vieille date, un islamiste radical, un ancien douanier, un ex-apparatchik à la retraite. C'est toute la modernité qu'on a trouvée pour emballer les jeunes.
A Alger, on les appelle les lièvres. Les poids lourds de l'opposition démocratique se sont mis aux abonnés absents, jouer les lièvres, ils ont déjà donné aux présidentielles de 1999 et 2004.
Et le peuple dans tout ça ? Il fait ce qu'il a toujours fait, il regarde ailleurs. Pour la terrifiante machine électorale du président-candidat-déjà-élu, il est l'ennemi public numéro un. Va-t-il enfin se décider à se mobiliser pour la sainte victoire du 9 avril ? On a beau le courtiser, le mitrailler de SMS comminatoires, lui rappeler les défis extraordinaires qu'il a relevés et gagnés depuis la glorieuse révolution de 1954 et toutes les bonnes prescriptions coraniques, rien n'y fait. Ecœuré, un ministre a déclaré : "Qu'il vote ou pas, notre président sera réélu."
Boualem Sansal


dimanche 15 février 2009

mardi 10 février 2009

23- MA MERE, uneNouvelle de Sansal Fev 2009.

Ma mère
Mohand, ....
J'y reviendrai

22- Mémoire sur HARRAGA par H. Hadjar - Batna

Harraga : Etude d’une poétique postcoloniale
Université El Hadj Lakhdar - Batna

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Mémoire élaboré en vue de l’obtention du diplôme de Magistère
Par Hamza HADJAR

Introduction :

« L’expérience de colonisation française en Algérie a, avant et après l’indépendance, profondément marqué la vie politique, sociale et culturelle des algériens. Sur le plan artistique, les traces de cette expérience demeurent encore jusqu’à nos jours très visibles, comme en témoignent le foisonnement des productions littéraires et le nombre toujours en croissance d’écrivains algériens qui choisissent le français comme langue d’écriture. Parmi ces derniers figure le nom de Boualem Sansal qui a fait une spectaculaire entrée littéraire en 1999 avec une oeuvre majeure le serment des barbares , d’autres publications s’en suivirent jusqu’en 2005 où l’auteur publie son quatrième roman intitulé Harraga . En choisissant d’écrire en français Boualem Sansal s’inscrit dans un mouvement d’envergure mondiale, qui a vu le jour pendant la période coloniale et qui a continué d’exister après les décolonisations. Ce mouvement n’est rien d’autre que celui des colonisés ou ex-colonisés qui écrivent dans la langue du colonisateur ou ancien colonisateur, donnant ainsi naissance à un type de littérature très particulier. Ce faisant l’auteur algérien est face à une expérience problématique qui le met dans une situation complexe à bien des égards, c’est pourquoi nous avons choisi l’un de ses romans Harraga comme corpus d’étude afin de pénétrer dans l’univers de l’écrivain et de son écriture en vue d’explorer cet univers rendu plus complexe en raison de la condition postcoloniale dans laquelle se trouve Sansal et qui affecte par conséquent son écriture au niveau de sa poétique, de sa thématique, de sa symbolique et sans oublier l’une des
questions centrales de la littérature postcoloniale, la question du choix de la langue. Harraga devient ainsi le lieu de rencontre de référents culturels différents parfois conflictuels et dont les questions de l’identité, de la religion, de l’histoire, et même de la politique constituent un fond où puisent l’auteur, le tout nous est livré à travers le parcours tourmenté d’un personnage problématique celui de Lamia. Faut-il encore que le personnage principal soit une femme ? Ajoutant de la sorte une autre question celle de la condition des femmes dans la société algérienne. Dans un autre ordre d’idée, Harraga a été publié en France chez Gallimard, une
grande maison d’édition française dont la réputation internationale et les moyens financiers sont à prendre en compte, comme c’est le cas d’ailleurs pour la plupart des écrits de Sansal. La France étant l’ancienne puissance coloniale elle joue à présent le rôle de centre de reconnaissance pour Harraga et offre à l’écrivain un public lecteur autre que celui des algériens… »

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Vous pouvez lire la suite ici :
www.univ-batna.dz/theses/fac-le/hadjarh/these.pdf


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Lire aussi:


Boualem Sansal, Poste restante : Alger
Appel à la révolte
Par Ali Chibani

Poste restante: Alger[1] est une lettre de Boualem Sansal qui s’adresse exclusivement aux Algérois. L’auteur sait que la Révolution qui renverserait la dictature algérienne ne pourrait avoir lieu sans la participation de la population de la capitale. D’ores et déjà, nous comprenons que ce livre ait été censuré en Algérie. Il constitue un brûlot contre le pouvoir algérien et un véritable appel subversif au soulèvement populaire : « C'est à nous qu'il revient de donner à notre pays une place gratifiante. Vous connaissez le moyen, on en parle tout le temps entre nous : tout démolir et tout rebâtir. » (p. 74-75). Dans un style épistolaire d'une grande simplicité dominé par le cynisme et un rythme saccadé comme dans toute discussion orale, l'auteur se sachant « disqualifié aux yeux de beaucoup » par les GAT (les gardiens autoproclamés du temple) est quelque peu mal à l'aise : « … je ressens une terrible gêne à venir vous parler ainsi. Qui suis-je ? Pas le mieux indiqué… » (p. 29).

Boualem Sansal rappelle en quelques mots l’histoire de l’Algérie depuis l’indépendance. Il évoque les présidents successifs : « Boumediene le ténébreux », « Chadli, le gandin magnifique dit Jeff Chandler parce qu’il avait une bouille de cow-boy somnolant… » (p. 17), Boudiaf, « l’innocent qui a cru que le pandémonium céderait devant la sainteté… » (p. 18) et à qui le livre est dédié, avant d’arriver à l’actuel dirigeant M. Bouteflika qui a annihilé toutes les libertés sociales acquises depuis l’indépendance au prix de tant de sacrifices. Sansal revient sur le soulèvement d’Alger en octobre 1988, un soulèvement orchestré par le pouvoir lui-même puisque c’est le président Chadli qui a appelé les Algérois à se soulever. L’échec de cette révolte, qui a fait plus de huit cents morts, était donc annoncé : « les jeunes eurent à peine le temps d’incendier les murs de l’administration et les magasins d’État que tout est rentré dans l’ordre. » (p. 20). L’auteur de continuer : « En règlement du solde, il nous fut accordé de dire ce que nous voulions à la fin. » (p. 21) Il fait référence à la naissance du multipartisme qui donnera lieu à une situation politique absurde avec plus de soixante partis politiques, dont le « deuxième front, le monstrueux FIS [Front islamique du salut], pour redorer le blason du vieux front, l’inusable FLN [Front de libération nationale] ! » (p. 22) « [N]os revendications, continue-t-il, sont parties dans toutes les directions et elles étaient rien de moins que folles : la charia ou la mort, l’islam et la liberté, la démocratie pleine et entière sur-le-champ, le parti unique à perpète, le marché et l’État, l’autarcie et l’économie de guerre, le communisme plus l’électricité, le socialisme plus la musique, le capitalisme plus la fraternité, le libéralisme plus l’eau au robinet, l’arabité avant tout, la berbérité de toujours… » (p. 21).

Tout le long de sa lettre, l’auteur pourfend les opinions toutes façonnées par le pouvoir pour s’assurer une longue vie : condamner la dictature, c’est être complice de la France coloniale ; s’opposer au système politique, c’est être contre l’islam… Par souci d’objectivité, Sansal a « sondé les amis, tâté les connaissances (…) sans délaisser ceux-là qui cultivent l’allégorie et le faux-fuyant… » (p. 40) sur « les raisons du mal-être qui ravage le pays… » Les réponses tournent autour des mêmes thèmes : « l’identité, la langue, la religion, la révolution, l’Histoire, l’infaillibilité du raïs. Ce sont là ces sujets tabous que le discours officiel a scellés dans un vocable fort : les Constantes nationales… » (p. 41) qui « font qu’un Algérien est un Algérien dévoué corps et âme à son église, le FLN[2]. » (p. 43) L'auteur procède par la suite au démantèlement de ces « Constantes nationales ». Il compare la réalité culturelle et identitaire du pays à l'image qu'en donnent les dirigeants ; il se souvient du colonialisme et de ses procédés meurtriers et négationnistes repris tels quels par la dictature actuelle ; il condamne l'usage de l'islam par l'Etat donnant plus de poids aux extrémistes et réduisant le simple croyant ou le non musulman au silence...

L'actuel dirigeant, Abdelaziz Bouteflika, est particulièrement visé par la dernière partie de la lettre : « Il nous faut parler de la guerre des islamistes et des commanditaires de 1992-1999, et du référendum pour la réconciliation et la paix... » (p. 68). Le 29 septembre 2005, un référendum était organisé. Il portait sur la Concorde civile qui préconisait la libération de tous les terroristes n'ayant pas commis de « crime de sang » et l'interdiction de parler de « terrorisme » mais de « tragédie nationale ». Sans surprise, le vote a été entaché d'une fraude massive en faveur du « oui ». Cela vaut un commentaire de Sansal : « Il est des paix qui sentent la mort et des réconciliations qui puent l'arnaque. Il n'y a rien de juste, rien de vrai dans l'affaire. » (p. 68)

Poste restante : Alger est une lettre personnelle dont nous n'avons évoqué que les grandes lignes. Sansal ne dit pourtant rien d'autre que ce qui s'entend dans les rues algériennes tous les jours, ce qui se voit dans les rues d'Alger au quotidien. C'est là une « manière improvisée d'engager le débat loin des vérités consacrées... » (p. 85) comme s'il fallait se tenir prêt pour le jour où le peuple algérien sera face à sa « peur » et à son destin : « ... le devoir de vérité et de justice ne peut tomber en forclusion. Si ce n'est demain, nous aurons à le faire après-demain, un procès est un procès, il doit se tenir. Il faut se préparer. » (p. 72)

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[1] Boualem Sansal, Poste restante : Alger, Paris, Gallimard, 2006.
[2] Le Front de libération nationale, du nom de l’aile politique indépendantiste de l’Algérie coloniale, a longtemps été le seul parti politique algérien. Depuis les années quatre-vingt-dix, il partage le pouvoir avec son frère jumeau le RND (Rassemblement national démocratique) et le MSP – ex HMS – (Mouvement de société pour la paix), dit « parti islamiste modéré », un parti politique, où l’on compte des anciens du FLN, censé représenter l’aile islamiste de la classe politique et calmer les ardeurs des électeurs du FIS.

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Lundi 27 octobre 2008 1 27 /10 /2008 14:37
Boualem Sansal, Petit éloge de la mémoire
Analyse
Plongée nostalgique dans l’histoire des « Hommes libres »
Par Virginie Brinker
Boualem Sansal, écrivain algérien, nous invite à un voyage à travers l’espace et le temps, le voyage de son peuple, dans Petit éloge de la mémoire. Quatre mille et une années de nostalgie. L’auteur affirme dès le premier chapitre les modalités du voyage. La nostalgie, définie comme « le mal du pays », « une richesse, un formidable gisement », sera notre guide. Il s’agit, via la métaphore spéléologique employée par l’auteur, d’une véritable introspection, une plongée mémorielle dans les abîmes de l’Histoire : « La nostalgie est comme la spéléologie, une démarche risquée, on entre en soi, on avance pas à pas dans les profondeurs de son âme, de sa mémoire, de son histoire, avec toujours, l’espoir d’atteindre le fond et de pouvoir retrouver le chemin du retour ». La subjectivité est ainsi affirmée comme une valeur suprême, à la fois modalité et objet de la quête, comme dans cette injonction préalable à la portée méta textuelle : « Alors, mettons-nous en mouvement, donnons libre cours à nos émois et partons à la recherche de nous-mêmes et de ce que fut notre mère patrie ».
« Lire l’histoire ne suffit pas, il faut chercher en soi et imaginer »
La subjectivité du narrateur est constamment assumée comme le montrent les modalisateurs dans les énoncés du type : « Je crois me souvenir que les miens sont venus de cette contrée », « je veux croire qu’il en a frémi d’émotion », « à la suite de je ne sais quelle goutte de trop »… ou certains commentaires très entiers, comme après l’évocation du savant Firnas : « Cet homme, je l’adore ».
L’art de la narration est, de la même façon, tout à fait intéressant puisque se superpose au souffle épique de rigueur dans tout récit légendaire, une sorte d’autobiographie fictive, retraçant, au fil des lieux (l’Egypte, la Numidie) et des époques (la christianisation, l’islamisation, la colonisation), les différentes morts et renaissances du narrateur. « C’est là que je suis né pour la première fois et que ma vie s’en est allée un soir, tranquillement dans le royaume des morts, attendre la résurrection comme le grain se mortifie dans la terre pour revenir un jour à la lumière de l’été ». L’œuvre se fait par là-même forme-sens et la quête des origines, quête des racines, quête de soi, surtout si l’on considère que renaître à soi c’est mieux se con-naître. Mais la subjectivité ne saurait concerner que le narrateur.
L’auteur se fait passeur et conteur, enrôlant le lecteur dans sa quête à travers des énoncés ancrés dans la situation de communication, véritables traits d’oralité de l’œuvre, qui renvoient sans doute aux modes de transmission ancestraux de la mémoire collective : « Ecoutez-moi raconter mon pays, l’Egypte, la mère du monde », « Ecoutez-moi vous raconter Massinissa ». Mais l’auteur entend aussi nouer un pacte avec son lecteur, il attend de ce dernier qu’il se mette en nostalgie, comme en atteste ce commentaire malicieux et provoquant :
« Vous-mêmes qui me lisez, venez peut-être d’Egypte, d’une de ses colonies ou du Pays Noir comme mes ancêtres. Nous nous sommes croisés, forcément, en ce temps il n’y avait pas tant de chemins que cela sur terre. Vous ne vous en souvenez simplement pas, ou bien la question des origines ne vous branche pas, ou bien la nostalgie chez vous a la vue courte. »
Fonctions collectives de la nostalgie
En effet, si la nostalgie est une plongée en soi pour mieux se découvrir et se connaître, elle a aussi une portée collective : « A leur côté, je faisais l’apprentissage de la nostalgie et découvrais combien elle aide à passer les jours, à se reposer de ses peines, à échanger des rêves, à se construire un avenir commun ». Cet énoncé prend une résonnance particulière eu égard à la situation contemporaine de l’Algérie dont Boualem Sansal est un témoin impitoyable.
Cette plongée nostalgique dans l’histoire est notamment l’occasion de « croiser » des résistants, des héros, telle Kahina, qui nous renvoient et renvoient l’ensemble des Algériens à leur problématique condition d’hommes libres. Ainsi, à propos de la figure de Massinissa peut-on lire :
« Ses exploits ont nourri l’imaginaire de générations de Berbères, et encore aujourd’hui que la Numidie est retournée à ses vieux démons : la division, les querelles, les haines inextricables, insatiables, le culte de la violence sous la houlette de potentats grossiers et avides et de sorciers fanatiques. »
Plonger dans l’histoire des « Hommes Libres », c’est nécessairement parler du présent, comme la structure même de l’ouvrage (en trois parties : l’Egypte, la Numidie, l’Algérie, le dernier chapitre étant intitulé « Le temps présent ») nous y invite, et en cibler les carences : « La nostalgie que j’ai de ces braves s’accompagne de ce sentiment de culpabilité dont je ne peux guérir », « On voudrait revivre tout cela, apporter sa part à l’évolution du monde, à la lutte immémoriale pour la liberté ».
Mais loin de s’en tenir là, l’œuvre de Boualem Sansal éclaire ce passé mêlé et obscur, plonge les hommes en nostalgie et contribue ainsi à leur libération, puisqu’il s’agit de lutter contre ce constat : « En définitive, nous savions peu de choses de notre histoire, presque rien, beaucoup nous a été caché, tant de choses ont été effacées, pour nous protéger sans doute, pour nous garder dans la foi et la fidélité au souverain ». Avec Boualem Sansal, non seulement le savoir est une arme, mais il est condition de l’émancipation et de la renaissance à soi.
Les « Hommes libres » – Imazighen - est le nom que se sont donnés les « Berbères ».
Boualem Sansal, Petit éloge de la mémoire, Folio, 2007, p. 9.
Ibid., p. 9-10.
Ibid., p. 11. Nous soulignons.
Ibid., p. 51.
Ibid., p. 13.
Ibid., p. 58. A propos de Spartacus qui aurait entendu parler du héros berbère Massinissa.
Ibid., p. 61.
Ibid., p. 92.
Ibid., p. 15-16.
Se con-naître (au sens de naître avec)
Ibid., p. 13.
Ibid., p. 49.
Ibid., p. 24
Boualem Sansal, op. cit. , p. 18. Nous soulignons.
Cf. dans ce même dossier l’article consacré par Ali Chibani à Poste restante : Alger, intitulé « Appel à la révolte »
Boualem Sansal, Petit éloge de la mémoire, p. 54.
Ibid., p. 62.
Ibid., p. 129.
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Vendredi 31 octobre 2008
Boualem Sansal, Harraga

Analyse

LA VIEILLE MAISON

Par Ali Chibani




Comme l’a évoqué Charles Bonn dans une conférence organisée en Sorbonne[1], le thème de l’émigration a rarement été central dans les œuvres littéraires francophones algériennes, bien qu’il soit abordé généralement par tous les auteurs. Justement, Boualem Sansal consacre son quatrième roman à l’émigration clandestine. Le terme Harraga[2], vient de l’arabe « brûleurs ». Les Algériens désignent par cette dénomination les « brûleurs de route », ces jeunes – hommes et femmes – qui tentent de rejoindre clandestinement l’Europe sur des embarcations de fortune et qui, le plus souvent, y laissent leurs vies ou sont arrêtés par la police maritime avant d’être jetés dans les geôles algériennes.
On peut s’interroger sur le succès de l’auteur à rendre compte de ce phénomène. L’histoire concerne plus Lamia, le personnage principal et la seule narratrice d’une histoire véridique. Vivant seule à Alger, la jeune fille reçoit la visite inattendue de Chérifa qui va bouleverser son quotidien. Arrivée d’Oran, l’adolescente attend un enfant « illégitime ». Elle est venue se réfugier à Alger sous les conseils du frère de Lamia. Ce jeune garçon a quitté Alger pour la ville maritime d’Oran afin de prendre le large clandestinement vers l’Europe. Lamia attend de ses nouvelles, tente vainement de retrouver son frère avec l’aide des associations qui s’avèrent rapidement grossièrement prétentieuses et magistralement impuissantes. Le lecteur est donc face à l’histoire d’une jeune fille de la capitale algérienne, enfoncée dans sa solitude et occupée à rechercher son frère. Le récit tourne autour de la situation sociale et politique algérienne pour comprendre le désarroi de la jeunesse qui n’a plus d’autre issue que celle de traverser la mer au péril de sa vie. Finalement, l’émigration – qui devait être la préoccupation centrale de l’œuvre – occupe une place secondaire. Elle se heurte au besoin de rendre compte de ce qui fonde le malheur algérien, notamment son Histoire. Celle-ci prend plusieurs voies pour se manifester notamment à travers la topographie spatiale de la maison et du quartier de Rampe-Vallée.

Du connotatif au dénotatif

L’espace urbain et son architecture sont des thèmes obsessionnels chez Boualem Sansal. On relève dans tous ses ouvrages une sémiotique spatiale procédant par analogie et déplacement de sens pour désigner l’état de l’être. Métaphores, allégories et zeugmas se relayent a priori pour éclairer et définir des phénomènes qui ne se manifestent que sur le tard, une fois leur conception et perception arrivées à maturité. Dans Harraga, la métaphore de l’espace est l’objet d’une longue digression interprétative de l’histoire algérienne[3].
La narratrice habite une vieille demeure sise à Rampe-Vallée, à Alger. Elle renferme une partie non négligeable de l’histoire algérienne dont elle est la métaphore :

« [La maison] a deux siècles bien sonnés, je dois constamment la surveiller mais je le vois, je le sens, un jour, elle me tombera sur la tête. Elle date de la régence ottomane, les chambres sont minuscules, les fenêtres lilliputiennes, les portes basses, et les escaliers, de vrais casse-gueule, ont été taillés par des artistes ayant probablement une jambe plus courte que l’autre et l’esprit certainement très étroit. S’il faut une explication elle résiderait là, dans la famille nous avons tous un mollet plus gros que l’autre, le dos courbé, la démarche en canard et le geste court. La génétique n’y est pour rien, la maison nous a faits ainsi. La perpendiculaire était une énigme à cette époque, nulle part l’angle droit n’épouse l’équerre, de fait ils ne se sont jamais rencontrés sous la truelle du maçon. L’œil en prend un coup. Le nez aussi, l’odeur du moisi fait partie des murs. Parfois, je me prends pour une fourmi tâtonnant dans le labyrinthe et parfois pour Alice au pays des merveilles. »[4]

Avec la description et l’établissement de l’histoire de la maison, Sansal veut retrouver la rupture originelle. Celle qui pourrait expliquer les violences du présent : « Tout dans cette auberge dit le mystère des origines.[5] » On comprend donc le foisonnement des adjectifs qualificatifs à connotation péjorative relativement au comparé qu’est l’actualité sociale algérienne : « minuscules », « lilliputiennes », « basses »… Tout cela est porté par des superlatifs en mesure de mettre en exergue la démesure de la violence ambiante : « plus courte », « très étroit »… Les substantifs convoqués (« moisi », « énigme », « labyrinthe ») renvoient à un milieu sombre et en décomposition, ce qui n’exclu pas la lumière de l’émerveillement dont la nécessité est vitale pour la jeune fille qui se prend pour Alice au pays des merveilles. Face à l’anarchie du monde, Lamia n’a d’autre recours pour se sauver que l’utopie.
De la description de la maison, l’auteur nous fait passer à la description du quartier caractérisé par l’absence d’harmonie. On passe alors de la connotation à la dénotation. Le rapport du comparant au comparé n’est plus passif et implicite mais actif et explicite. La topographie du lieu est le fait de la réalité. Tout est enchevêtré, étriqué et inextricable. On peut énumérer infiniment les nœuds « né[s] » de l’intolérance des gouvernants et des bureaucrates qui favorisent tous les extrémismes et ferment tous les horizons à leurs victimes :

« Le quartier prit un coup. Il devint sinueux. Des choses ont poussé ici, là, à l’endroit, à l’envers, de guingois, des galetas pouilleux et des demeures exotiques, puis des ruelles en lacis, des culs-de-sac tombés du ciel, des escaliers bizarres, des décharges, des égouts à bouillasse, des caniveaux bien gras, des étables, des gargotes, une église, une synagogue, sept mosquées, un vague temple qui a disparu dans la foule, trois cimetières, des échoppes minuscules et sombres, des maisons de joie, des dégorgeoirs, des forges, et plus tard, deux trois écoles en raphia et tôle ondulée érigées sur les aires de jeux des enfants, ainsi qu’un bureau des doléances qui fut incendié le jour et à l’heure de son inauguration par monsieur le maire et son cortège de marchands de biens. Une favela était née dans la douleur pour le siècle des siècles »[6].

A nouveau, l’utopie est établie comme nécessité pour fuir le quartier et ce qu’il évoque. Lamia se souvient de son adhésion « … à certaine utopie, je découvrais Gandhi, Mère Teresa, d’autres, Rimbaud et compagnie, j’avais la nostalgie de Calcutta, Mogadiscio, les ghettos de Pretoria, les favelas de Bahia. (…) À présent que la coupe est pleine, je ne rêve plus que de palais, de carrosses, de mondanités et de belles intrigues intenses et éphémères.[7] »

La référence au conte merveilleux insiste sur deux espaces liés : la maison et le livre. En fait, il semble que la maison, qui accule au rêve, n’est que la trace transitoire d’un passé déterminant l’avenir et l’identité des personnages.

Nom-lieu en héritage

En disant « ma maison », Lamia s’approprie l’histoire de ses fondateurs et de ses anciens occupants ainsi que les légendes venues colmater les brèches laissées par une mémoire défaillante. La vieille demeure porte en effet les noms et les pseudonymes de tous ses habitants :

« Les anciens du village qui avaient élu quartier général dans un café maure au fond du ravin n’ont rien trouvé de mieux que le palais du Français, la forteresse du Converti, le repaire du Juif, le nid du corbeau, la tanière du renard, pour désigner la citadelle du Turc. Les formules sont restées et nous ont causé du tort. S’appliquant à nous, des croyants de naissance, dans un pays libre, indépendant et supertatillon dans son quant-à-soi arabo-islamique, que veut dire converti sinon apostat, Français sinon harki, et que peut bien signifier juif sinon voleur ? »[8]

En d’autres termes, la maison a une « carrière », une fonctionnalité, celle d’un miroir sur lequel se manifeste, par contamination, l’identité de la dernière habitante ; identité formée par l’histoire de l’habitation : « … les gens du quartier disent la maison Moustafa en parlant de nous. C’est gênant, l’homme a laissé derrière lui une épouvantable réputation de pédophile.[9] » Le commentaire subjectif de Lamia qui évoque sa « gêne », montre à quel point l’acquisition de sa nouvelle identité s’est faite malgré elle, bien qu’elle s’en amuse parfois.
La bâtisse délabrée, hantée par le souvenir de Moustafa le fondateur turc, Louis-Joseph de La Buissière le colonel français converti à l’islam, Ben Chekroun le Juif, « d’un immigrant fraîchement débarqué de sa lointaine Transylvanie », est une trace transitoire et déterminante. Lamia s’interroge sur la profession qu’elle aurait choisie si elle avait habité ailleurs : « Aurais-je choisi la médecine si les manuels du docteur Montaldo ne m’avaient pas surprise dans ma jeunesse[10] ? » Juste avant cela, la narratrice dit : « J’ai baigné dans cette atmosphère, alors forcément ma perception du temps s’en ressent. Elle serait autre si ma vie durant j’avais mariné dans une HLM super-bondée plantée sur un plateau bourbeux balayé par les vents d’usines au centre d’une banlieue sinistrée[11]. » Il y a ici un certain déterminisme historique, qui est en soi une lutte pour maintenir et assumer la véritable Histoire falsifiée par les idéologues, mais relativisé par l’émergence de l’utopie, de la fabulation, qui viennent combler les ellipses temporelles et, en même temps, permettre de résister à la violence sociale.
Le docteur Montaldo est un médecin qui a été au service des pauvres et qui a voulu vivre comme eux, loin du luxe. Lamia, enfant, a retrouvé ses livres qu’elle a lus et qui l’ont prédestiné au même métier que le précédant habitant. Les livres ne sont pas la seule trace du passé de la maison. Elle a été façonnée, transformée, par chacun de ses résidants dont elle porte l’empreinte et le nom pour toujours. Influencée, elle est une véritable mosaïque historique adaptée et réadaptée à différentes cultures dont elle devient le lieu de communion : « …les coutumes des uns et des autres, leur histoire et la nôtre entremêlées…[12] ». Le cas le plus révélateur de la communion des cultures et du rapport d’influence mutuelle entre l’espace et le moi est celui du « … colonel Louis-Joseph de La Buissière, vicomte de son état. Son nom et ses armoiries sont inscrits à main droite du fronton sur un marbre enguirlandé limé par les ans.[13] » Le vicomte « fut aussi un naturaliste émérite, on trouve son nom dans les honorables catalogues qui tapissent le grenier[14]. » Lamia expose :

« Nous devons au sieur Louis-Joseph l’ajout d’une belle cheminée dans le salon d’hôte, l’ouverture d’un couloir donnant sur le jardin, la transformation du hammam en salle de bains et du four à pain en cuisine moderne. (…) Devenu Youcef, il décora son bureau-oratoire de belles faïences émaillées de versets coraniques calligraphiés par de grands poètes et coupa le salon du bas en deux, un versant pour les hommes, l’autre pour les femmes, en dressant un adorable moucharabieh sur la ligne médiane. (…) Il suréleva le mur de clôture et le hérissa de tessons, ce qui renforce l’effet prison dont je souffre à présent que la guerre occupe la ville, que j’ai blindé portes et fenêtres, que je ne sors plus »[15].

Il semble, d’après ce dernier extrait, que le lieu transforme l’identité de l’homme qui, à son tour, transforme le lieu. L’espace entre ainsi dans une continuité historique semblable à la continuité de l’âme.

Chez elle et étrangère

La figure de l’officier Louis-Joseph devient métonymique. Elle est l’occasion d’une digression dans la digression qui fait le tour de l’Algérie pour suivre son parcours de naturaliste. De même la maison de Lamia est métonymique. La narratrice est obsédée par les histoires et légendes qui entourent son lieu d’habitation. Outre le voyage temporel induit par les traces diverses qu’elle évoque, le jeune médecin découvre des espaces lointains qu’elle ne pourra jamais connaître autrement puisqu’il lui est difficile, sinon impossible de voyager : « Ces histoires me courent dans la tête, se mélangent, se nourrissent les unes des autres, se répondent dans leur langue, vêtues de leurs coutumes. Je vais d’un siècle à l’autre, un pied ici, la tête dans un lointain continent. De là me vient cet air d’être de partout et de nulle part, étrangère dans le pays et pourtant enracinée dans ses murs. Rien n’est plus relatif que l’origine des choses[16]. » Se définir comme « étrangère » dans son propre pays est lourd de sens intra et extradiégétique.
Grâce à l’identité qu’elle acquiert à Rampe-Vallée, Lamia entre dans l’altérité qui fera à la fois sa force et sa faiblesse. Elle est marginale car le poids de l’héritage historique l’étouffe. Que faire de tant d’histoires, de tant de traces ? Et surtout comment préserver tout ce temps ? Lamia sait qu’elle est la fin d’une période longue de plus de deux siècles : « Ainsi est notre histoire. La maison en est le centre et le temps son fil d’Ariane qu’il faut dérouler sans casser. Je suis la dernière à l’occuper. Après moi, elle s’effondrera et tout sera dit.[17] » Sansal, par l’effondrement de la maison, réfère à l’ensevelissement dit atavique de l’Histoire en Afrique du Nord. Il semble que le peu de traces qui nous restent des dernières cultures à avoir marqué l’Algérie – souvent au fer rouge – soient vouées à disparaître. Il faudra alors la reconstruire, mais sur quelles fondations ?
La « vénérable demeure[18] » menace ruine. Il faudra donc que Lamia la quitte. La dernière résidante doit se préparer à partir ou accepter que le toit lui tombe sur la tête. La narratrice se sacrifiera-t-elle pour finir ses jours chez elle ? Le récit ne le dit pas. En tout cas, cette possibilité révèle le sens extradiégétique de la chute de la demeure. Harraga n’est pas seulement l’histoire de Sofiane, mais aussi celle de Lamia et de tous les habitants de la maison Algérie. La traduction que fournit l’auteur du titre « brûleurs de route » devient plus générale. Il ne s’agit plus des « route[s] » comme passages maritimes, terrestres ou aériens, mais aussi des lois, traditions et coutumes, de tout ce qui est contraignant, qui fait la Malédiction[19] algérienne et qu’il faut fuir en changeant de patrie fût-il par le rêve :

« … chasser ses enfants n’est pas le rêve d’une mère et personne n’a le droit de déraciner un homme du lieu ou il est né. C’est une malédiction qui se perpétue de siècle en siècle, depuis le temps des Romains qui avait fait de nous des circoncellions hagards, des brûleurs de fermes, jusqu’à nos jours où faute de pouvoir tous brûler la route nous vivons inlassablement près de nos valises. Le pays est vaste, il pouvait accueillir du monde et du monde, ils n’ont pas tant besoin d’espace, mais non, à un moment ou à un autre la malédiction revient et le vide s’accroît violemment. Nous sommes tous, de tout temps, des harragas, des brûleurs de routes, c’est le sens de notre histoire »[20].

Nous ne sommes plus dans l’émigration mais dans l’exil dans son sens le plus large qui inclut la solitude pour laquelle Lamia a optée.

Le délabrement de la maison de Lamia reflète la dégradation continue de la situation sociale en Algérie. La narratrice rend compte des difficultés quotidiennes que vivent ses compatriotes. Elle est en effet amenée à sortir de chez elle pour chercher son frère mais aussi Chérifa la fugueuse. Boualem Sansal nous invite à découvrir cette histoire vraie dans un rythme déchaîné où pourtant la passion est loin de l’emporter sur la raison.
On a acquis désormais l’habitude de parler de « littérature de l’urgence » sur tout ce qui s’est écrit après l’interruption du processus électoral en 1991 et, étonnamment sur ce qui continue de s’écrire aujourd’hui. Appellation inadapatée et qui fausse le regard qu’on peut porter sur la littérature algérienne de la troisième génération. Comme le prouve Sansal, le temps d’interroger l’ensemble de l’histoire algérienne est (re)venu. On sort de l’immédiateté pour un regard global qui vise à dénoncer, non seulement l’acte barbare qui se commet sous nos yeux e ses conséquences directes, mais tout ce qui conduit l’homme à répondre à la violence par la violence. C’est cela que les écrivains de la troisième génération doivent interroger au risque de répéter leurs aînés : la violence fondatrice.

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[1] Maghreb littéraire, le 27 octobre 2008.
[2] Boualem Sansal, Harraga, Gallimard, Paris, 2005. L’auteur a déjà publié trois autres romans chez le même éditeur : Le Serment des barbares (1999), L’Enfant fou de l’arbre creux (2000), Dis-moi le paradis (2003).
[3] Ibid., p. 65-81.
[4] Ibid., p. 65-66.
[5] Ibid., p. 80.
[6] Ibid., p. 76.
[7] Ibid.
[8] Ibid., p. 70.
[9] Ibid., p. 66.
[10] Ibid., p. 79.
[11] Ibid., p. 67.
[12] Ibid., p. 80.
[13] Ibid., p. 67.
[14] Ibid., p. 67.
[15] Ibid., p. 70.
[16] Ibid., p. 74.
[17] Ibid., p. 80.
[18] Ibid., p. 75.
[19] Sur la malédiction dans la littérature algérienne.
[20] Ibid., p. 80.
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In:

http://la-plume-francophone.over-blog.com/categorie-10610215.html
Dossier n° 33 : Boualem Sansal
Mardi 14 octobre 2008 2 14 /10 /2008 17:27

lundi 28 juillet 2008

21- François Bon, pas d'accord

Le Billet du jour. En passant par François Bon

Du «Sang noir» à Sansal, et retour

Par Grégoire Leménager

Le Prix Louis Gailloux ne s'honore pas seulement de porter le nom d'un des grands écrivains méconnus du siècle passé (plongez donc cet été dans «le Sang noir», et on rediscute à la rentrée). Depuis sa création en 1983, il a également récompensé quelques auteurs majeurs. Parmi eux: Nicolas Bouvier, Jorge Semprun et Pierre Michon, Jean Rolin, Olivier Rolin et François Bon, ou encore, l'an dernier, Christian Prigent pour un livre dans lequel on identifiait précisément la silhouette, irréductible et familière, du Guilloux dont son père était proche («Demain je meurs», POL).

Le lauréat 2008 est le romancier algérien Boualem Sansal et une chose est sûre: ce n'est pas grâce au soutien de François Bon. Le 23 mai dernier en effet, l'auteur de «Sortie d'usine» publiait sur son journal en ligne une lettre dans laquelle, au dernier moment, il annonçait se désengager du prix Guilloux. Le motif en était des plus respectables: il expliquait tout simplement n'avoir «pris aucun plaisir à découvrir les livres sélectionnés».

Les prix littéraires doivent être «inventés autrement», écrivait-il encore (en avançant au passage d'intéressantes propositions). Difficile de le contredire là-dessus. Même Franz-Olivier Giesbert vous le dirait. Pas avec les mêmes arguments ni les mêmes objectifs, mais il vous le dirait - d'ailleurs il l’a dit, non? Et sans doute «le Village de l'Allemand» n'avait-il en effet pas absolument besoin de cette nouvelle récompense: publié chez Gallimard, il a déjà été couronné en quelques mois par le Grand Prix RTL-Lire, le Grand Prix de la Francophonie et le Grand Prix du roman décerné par la Société des Gens de Lettres.

Il est possible en revanche que Bon y soit allé un peu fort en lançant cet appel: «Au nom de Louis Guilloux, éloignons-nous de ces formes qui tiennent avant tout à une idée sage de la bourgeoisie». Car si Sansal n'indique pas la voie d'un renouvellement radical de l'écriture romanesque, on retrouve justement dans son «Village de l'Allemand» quelques-uns des traits les plus caractéristiques du «Sang noir», du «Jeu de patience» ou même d'«OK Joe»: une efficacité narrative passant par un récit à hauteur d'homme, ancré dans un sentiment d'urgence face au réel - face à une Histoire en marche, qui nous attend au tournant, en nous collant sur les bras quelques inquiétantes questions. C'est renouer avec la littérature des années 30 dans ce qu'elle garde de plus puissant.

On aimerait pouvoir en dire autant de beaucoup d'autres écrivains contemporains. On peut certainement le dire de François Bon (dont on attend avec joie le «Led Zeppelin» à paraître l'automne prochain). Mais tous n'en sont pas vraiment là.

G.L.

26.06.2008

in: bibliobs.nouvelobs.com/2008.06.26
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Voici la lettre de François Bon :

Les prix littéraires : inventer autrement ?

copie de lettre amicale au jury du prix Louis Guilloux

Ce soir, j’aurais dû participer aux délibérations du prix Louis-Guilloux, à Saint-Brieuc, et je m’y serais retrouvé en compagnie amicale.

Mais c’est au-dessus de mes forces, et pas seulement pour la période écrasée de travail, finalisation du Led Zeppelin. Brassait dans la tête, tous ces jours, une question de cohérence et de choix sur le fond.

Dans la logique de ce site personnel depuis son début, chantier et réflexions à ciel ouvert, la lettre que je demande à Yvon Le Men de transmettre aux membres du jury, qui avait bien voulu m’accueillir, et auprès desquels je m’excuse de ce revirement.

Chers amis,

Il y a quelques semaines, Yvon Le Men, en votre nom, me sollicitait pour vous rejoindre dans le jury du prix Louis Guilloux.

L’œuvre de Louis Guilloux est de celles qui comptent, et sont pour aujourd’hui un signe d’exigence, de radicalité dans la non-compromission, un ancrage social, aussi, pour le territoire donné à nos formes littéraires. Je suis très fier que vous m’ayez accordé ce prix pour le récit consacré à la mémoire de mon père, Mécanique, en 2002. Et fier aussi des auteurs que je rejoignais dans la liste de ses attributaires.

Pour ces raisons, et le grand partage qui me lie à Yvon, depuis des années, j’ai accepté cette proposition.

Il y a aussi que l’âpreté ouvrière de Saint-Brieuc me rend cette ville proche et singulière, et que votre département des Côtes d’Armor compte dans mes origines familiales : un pêcheur de Lannion, amputé d’un bras, et contraint de monter à Paris à la fin du siècle dernier pour se faire cocher de fiacre, c’est pour lui aussi que j’acceptais cette rencontre.

Ce n’était pas à la légère, ce n’était pas non plus sans réserve : plusieurs fois déjà sollicité pour des jurys de prix, j’avais toujours refusé.

Cependant, au moment de vous rejoindre, les réserves prennent le dessus. Il s’agit d’un prix richement doté (20 000 euros - soit le triple de ce qui m’avait généreusement été accordé il y a 5 ans, cela dénote votre volonté, votre effort), accordé par une institution territoriale (le Conseil général des Côtes d’Armor), à un roman.

Je n’ai pris aucun plaisir à découvrir les livres sélectionnés : est-ce que le roman est vraiment encore la forme du risque en littérature, aujourd’hui, risque qui passe aussi par la phrase, la forme, l’inscription du récit dans le réel ? Plus je pensais à Louis Guilloux, et en relisais des pages, plus c’est le statut et l’intervention de l’auteur qui me semblaient importants, et non pas l’objet qui en résulte.

Les chiffres de l’édition, les chiffres de la librairie vont bien : augmentation du chiffre d’affaires. Rien qui pousse à remettre en cause un système que nous sommes pourtant nombreux à considérer comme pris d’un vertige suicidaire. Dans l’ombre de l’inflation des titres, une rotation accélérée et destructrice des ouvrages qui demanderaient une diffusion lente, et un phénomène de loterie de plus en plus sévère pour la diversité nécessaire à la création. C’est ce système qu’entretient la spécificité française de cette multiplication des prix littéraires.

Et puis, lisant les titres sélectionnés, ne pouvoir s’empêcher de penser à ce que représentait Guilloux. La question de la vie quotidienne, l’implication dans le ressenti, le sensible de ceux auxquels on ne demande rien. J’ai éprouvé cela, cette année, en lisant Peau, d’Antoine Emaz : mais c’est précisément ce qui éloigne Emaz du roman. Il y a une œuvre, un parcours, un homme, mais à côté de notre cible. De même, accroché depuis plusieurs années à un travail pour moi nécessaire et vital de remontée dans le présent, via les mutations des années 60 et 70, au travers du hasard et destin de figures de vingt ans, mais que les projecteurs du rock ont permis de sur-documenter – et même s’il est hors de question de recevoir deux fois votre prix !, je ne vois pas en quoi mes livres sur les Rolling Stones ou Bob Dylan m’éloignent de cette passion littéraire où Balzac a le plus contribué à me placer : mais ce ne sont pas des romans.

La littérature est invention, mais aussi intervention. Par Louis Guilloux, nous apprenons que l’un peut se conjuguer avec l’autre. Allons-y au culot : pourquoi ne pas récompenser un site Internet ? Non seulement c’est là que sont l’invention, la réflexion et l’intervention, mais ceux qui comptent s’élaborent loin des trompes et fanfares, via des démarches bénévoles auxquelles il serait grand temps de signifier un peu de reconnaissance symbolique. Ce serait une belle novation, de dire : le prix Louis-Guilloux accordé par le Conseil général des Côtes d’Armor dote de 20 000 euros un site Internet de création et d’intervention littéraires (je peux en proposer six au moins qui en seraient dignes).

Au nom de Louis Guilloux, éloignons-nous de ces formes qui tiennent avant tout à une idée sage de la bourgeoisie. Bien sûr, il y a des exceptions : la vôtre, ou celle du prix Wepler. Mais elles se définissent par rapport au modèle principal, comme contre-modèle (encore, cette semaine, un prix de l’inaperçu !). Fier des gens que vous avez honorés ces dernières années, mais peur qu’au final ça conforte l’ensemble du système : il a place, dans la totalité du dispositif, pour une question dont nous aimerions, de notre côté, qu’elle soit posée globalement à la littérature, et où le vieux mot d’engagement n’est peut-être pas périmé.

Croyez qu’il n’y a rien de prémédité dans cette impossibilité pour moi, ce matin, à prendre la voiture et vous rejoindre. Cette semaine, j’ai découvert le partenariat inauguré entre un lycée de Poitiers et l’écrivain Alberto Manguel : pourquoi, au lieu d’un prix, ne pas labelliser « prix Louis-Guilloux », en amont, une expérience dont vous décideriez du lieu et des formes, projet d’écriture et liaison inventive de l’auteur choisi avec un lieu de travail ou un établissement scolaire ou universitaire ? Moi-même, cette semaine, deux réunions de travail, une en Seine Saint-Denis et une dans le département du Cher, sur ces questions de résidence, d’intervention : sortons du camp retranché de la littérature produit de consommation. C’est vital des deux côtés. Prix Louis Guilloux : un an d’accueil d’un auteur dans votre département, pour un projet d’écriture, et un partenariat de fond avec une bibliothèque, un lycée, un lieu de travail, la possibilité d’inviter d’autres auteurs pour des lectures, etc...

J’y ai beaucoup pensé aussi lors de mes trois jours à Etonnants Voyageurs (merci, Michel et Yvon, pour cette impressionnante qualité de dialogue et d’accueil). Bien sûr, Etonnants Voyageurs accorde aussi des prix littéraires : mais c’est sur le terrain que ça se joue, dans ces rencontres, dans le rapport à la ville (livres qu’on signe pour l’agent des douanes, l’intervenant protection judiciaire de la jeunesse, l’institutrice en zone rurale…) : ce dont on a besoin, c’est d’invention.

Etes-vous vraiment satisfait des romans proposés à votre choix ? Satisfont-ils à ce que vous demandez au langage, dans sa relation au monde, dans sa façon de mettre à nu le monde et de l’ouvrir, d’y faire revenir, en écho, en interrogation, la figure de l’homme ? Cette semaine, malgré les grandes orgues médiatiques consacrées aux Assises internationales du roman, organisées à Lyon par la Villa Gillet, on a comme une fatigue d’avance à ce qui s’annonce de marée pour la rentrée littéraire à venir. Bien sûr, il y a des exceptions : prenez Parc sauvage, zoom autobiographique de Jacques Roubaud, en accompagnement de plusieurs décennies de pratique de poésie, et revenant sur 1942, prenez, dans la même collection Fiction & Cie, L’instant et son ombre de Jean-Christophe Bailly, réflexion à partir d’une photo d’Hiroshima 1945, prenez Film à venir de Jean-Marie Gleize : la littérature fait son travail, vis-à-vis du monde, vis-à-vis des formes. Mais, là où ça rejoint nos questions, c’est à côté du roman. Soyez dans la radicalité de vos exigences, au nom même de Louis Guilloux : si les livres n’y répondent pas, c’est que les bons livres n’ont pas été détectés, ni choisis.

Si, au lieu d’un prix littéraire de plus, un prix comme les autres et merci du chèque, vous souhaitez que nous réfléchissions à d’autres formes, croyez que je serai avec vous.

En tout cas, très touché que vous m’ayez fait cette proposition, qui m’honore. Beaucoup de regrets de ne pas avoir su vous dire cela plus tôt, et dire non quand il l’aurait fallu : mais voilà, trop de choses cette semaine, dans le même sens, qui m’obligent à trancher.

En amitié

© François Bon _ 23 mai 2008

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jeudi 5 juin 2008

20- Merci

Bonne chance à celles et ceux qui se préparent à un examen.... Cool ! and no stress si possibeul.


vendredi 30 mai 2008

19- Le village de l'Allemand et Tchektchouka

in:

http://sentiers-sentiers.blogspot.com/

Le sujet « Sansal » ne cessera pas de revenir sur le tapis, tant il a de rapports avec l’Algérie et ses démons. Avec ‘’nous-mêmes’’ et avec les ‘’autres’’. Avec nos vérités et avec nos mensonges. Avec nos délires et nos unanimismes. Mais aussi avec nos petitesses évidentes. Avec notre prétention à la pureté et sans doute avec nos complaisances. Avec nos copinages et nos intransigeances. Avec notre atavique tribalisme et notre volonté de nous en détacher…avec tout ce que cela comporte d’enjeux.

Mais il y a quelque chose qui ne rentre dans aucune de ces considérations : la critique. Encore faut-il se demander : quelle critique et selon quelle école ? Je veux dire la critique argumentée qui essaie de comprendre et de faire comprendre. Peu importe qu’elle soit indignée ou gagnée à l’opinion du journaliste, du romancier ou de quiconque d’autres. L’essentiel est qu’elle sorte de la phraséologie filandreuse et qu’elle serve un souci de vérité. Or cette vérité, on peut la décanter d’une manière ou d’une autre – de façon textuelle, historique, politique, psychanalytique, sociologique…

Hélas, même des intellectuels – se disant ouverts, tolérants, universalistes, humanistes, plus éveillés que le reste du monde… – considèrent la critique comme un sacrilège, un lynchage, une pratique assassine. Laissez-moi débiter tranquillement mes âneries. Sinon je dirais que vous êtes mauvaise langue. Ou jaloux…si je me réfère à un article consacré à Sansal, paru dans Algérie News. Attention : quand on s’indigne de la sorte c’est pour appeler la foudre et l’apocalypse toutes réunies. Ainsi Sansal est-il pour beaucoup lynché par les siens ! Ou par les chiens ! Kif-kif. Allons donc ! Qui dit mieux ? Il n’en est rien : les positions et les idées récusées par certains de ses disciples n’appartiennent pas à l’opinion avouée. Elles constituent l’essentiel de leurs non-dits. C’est à la rigueur tendre la perche à un ami qui se noie. Khouk khouk lâ ighayyarak sâhbak. Sinon : Annsaar Akhâka dhzâliman aw madhzloumann. Ces logiques vivent encore en ‘’nous’’. Elles ne supportent guère la critique. Mais elles trouvent des voies de recours dans le verbiage. Par exemple : «Boualem Sansal a le courage de dire ouvertement ce que beaucoup pensent depuis longtemps sans le dire».

Bref, Sansal a suivi la voie qui lui semblait – matériellement, oui, disons-le – la plus intéressante. Aux dépens d’un bon sens commun/communautaire. C’est tout son droit. Mais aux dépens de cette ‘’pureté’’ qui fait qu’un écrivain se distingue généralement de la masse du peuple ou de ses lecteurs. Eh, oui… Dans l’imaginaire de beaucoup l’écrivain est celui qui est franchement inspiré. Comme qui dirait un prophète (Astaghfirou-llah !). Désolé, les choses sont ainsi faites. On ne change pas le monde en un jour. Alors que Dieu a mis six bonnes journées pour le créer. Qu’il est grand, en fait, le désordre apporté à la bonne conscience par un sujet fait de bric et de broc. Qui chantait la Shoah. Et chantait faux. Et, de ce fait, paraît-il, ces lecteurs algériens n’ont pas été à la hauteur de son talent. Voire de son génie. Sansal n’a pas les lecteurs qu’il méritait, disent sans cesse ses amis du NouvelObs. De fait, il n’a pas été suivi sur cette pente scabreuse. Hormis ceux dont les « constantes » (arabité, islamité…) exacerbent outre mesure et que Poste restante : Alger a fustigées pour le bonheur d’une ‘’haute idée’’ de l’Algérie française. Que Sansal, en fin de compte, n’ait pas trouvé de bons lecteurs chez les Algériens ne signifie rien d’autre qu’une allégation puant le racisme et le mépris de l’autre.

Vous êtes antisémites, dit Sansal aux Algériens. La guerre d’indépendance n’a pas seulement donné l’occasion à des « tyranneaux » de prendre le pouvoir. Elle est selon lui tout bonnement illégitime. Sansal n’a rien dit de tel ? Que fait donc un nazi dans les rangs de l’ALN ? Et ses interviews venues après-coup l’expliciter, comme s’il n’avait pas pu tout dire dans son roman. Ou qu’il craignait de n’être pas assez compris par ses amis outre méditerranée. Il est intéressant, toujours est-il, de savoir que ce refrain coïncide de façon formidable avec la campagne récente de dénigrement consistant à faire croire que les Algériens sont racistes vis-à-vis des Juifs (« Ihoudi hachak »). Et, tenez-vous bien, non l’inverse. Le film de Jean-Pierre Lledo Algérie : histoires à ne pas dire s’inscrit dans cette mouvance et cette spirale de conspiration culturelle. Les Algériens sont de toutes les intolérances ! Ne vous gênez pas, empilez : ils ont le dos large.

Il suffit de creuser un minimum pour constater que derrière tout cela il y a l’amertume personnelle des gens. Il y a des prétextes comme des lieux que l’on pourrait nommer défouloirs ou dégueuloirs… Il y a des règlements de compte… qui entrent en ligne de compte. Il y a les intérêts et les luttes de clans…Cela, à un moment où le pouvoir algérien donne tout l’air de s’enliser – pour longtemps – ou pour toujours – dans des incohérences. D’une part, la loi amnistiante incapable de juguler la violence terroriste. De l’autre, les émeutes, la mal vie, l’émancipation contrecarrée…tout cela qui justifie la devise : tous les coups sont permis. C’est dire si tout le monde ne doit pas mettre en avant sa vérité et revendiquer sa part de génie et de bonheur.

La danse alors s’emballe. Frénésie. Désordre. Et obscurcissement de la vision. Moment opportun. Prestidigitateurs et adversaires d’antan entrent alors en scène ou en danse. Mettent du leur. Chauffent les tambours. Distribuent les trompettes. C’est à qui claironne plus fort ! Sansal est de la partie. Il est celui qui peut peut-être le mieux convaincre que l’islamisme et le FLN sont les deux faces d’une même pièce. Un poncif tenue en vie par un certain Occident. Kif kif... l'amalgame. L’absence de discernement et l’emporte-pièce sont élevées jusqu’au modèle. Et jusqu’à l’indiscutable. Vive le roi.

Après le prosélytisme islamiste qui mit le feu à tous les foyers, voici le prosélytisme protestant. Bonjour notre intolérance. Et bonjour notre mise à l’index (moralement, il va sans dire) par le monde bien-pensant. Le cas « Habiba » : une preuve que nous sommes infréquentables. Cependant que l’Algérie compte 60.000 chrétiens pratiquants – accomplissant leur foi sans être inquiétés. Des centaines et des centaines d’articles sont consacrés à cette femme transformée par les préjugés occidentaux en martyre de la foi.

Cela, alors que la justice n’a pas tranché. Et alors que le juge n’a pas encore ouvert la bouche. On ‘’nous’’ juge…avec préméditation.

Surfer sur la toile m’a permis de voir que cette affaire est au fond bien crasseuse. Elle est en rapport évident avec les passions de l’homme et les sentiments primaires. Avec les ruptures identitaires entretenues et aggravées depuis des siècles. Quand des médias mettent en avant des détails de l’enquête d’autres les méprise et les occulte – carrément. Dans le meilleur des cas, la dizaine de bibles trouvée chez Habiba n’est pas mentionnée. Des déclarations indignes mais pratiquement invérifiables sont prêtées à ses procureurs. La manipulation est à l’œuvre. On donne libre cours à l’extrapolation. L’inconscient collectif se déchaîne sans délai et au plus vite. Armada ! Charles Quint lance sa flotte – malchanceuse. Mohamed Benchicou du Matin Dz, lui, lance une escouade d’articles.

Bouteflika derrière l’inquisition et la lutte contre l’évangélisation. Cet article est accompagné de l’effigie du président de la république et de son premier ministre. Il l’est aussi pour ceux de Malek Chebel et de Boualem Sansal. Voir par conséquent dans cette esthétique une généralisation. Et autant une radicalisation de l’opinion que son orientation. Les présidentielles se profilent à l’horizon politique. L’idée d’un troisième mandat offert par ses pairs à Bouteflika par l'entremise d'un « viol de la constitution » fait craindre le pire. Mobilise des énergies et des stratégies pour lui barrer la route. Le journalisme algérien (pour indépendant qu’il prétende être) y est ainsi impliqué. Financé sans conteste par des sphères privées. Du moins par des sphères occultes et influentes du pouvoir lui-même. Le Matin Dz : un électron libre. N’en croyez rien. Considérez bien la place allouée au terme « inquisition » et son appartenance stricte au paysage occidental. Car le message veut plaire. Et il a un destinataire. Quant à « évangélisation », il est mis pour neutraliser celui de « prosélytisme » – loin d’être aussi incriminant. Comprendre : le procès de Habiba n’a pas lieu d’être. Donc : ni raïs ni Etat. Ni juges ni policiers.

Malek Chebel : ‘’L’Islam n’est pas responsable de l’usage qui en est fait. On n’imagine jamais assez les efforts investis par ‘’notre’’ Chebel pour ‘’nous’’ prêter une meilleure image en Occident – pour nous rendre fréquentables. Il lime, rogne, équarrit, emboutit, rectifie, polit, perfore certains mythes, arrange leurs contours…Il en fait trop, notre mécanicien. Mais il en profite…aussi. Là, Benchicou sous-entend que si l’Islam est tolérant c’est en son nom qu’on tyrannise cette pauvre chrétienne de Habiba. Les musulmans sont des tyrans ! Ils sont tous islamistes. Bouteflika et Belkhadem – en tout cas . Voilà une façon de dire implicite et indirecte. Le sens est déplacé par glissement imperceptible. Et par superpositions insinuées. Au total, il suffit de mettre à la une, opportunément, cet article. Lequel d’ailleurs n’est pas actuel et qui, a fortiori, a déjà paru sur le site du Matin Dz.

Algérie – Affaire Habiba : La France qualifie le procès de ‘’choquant’’. La France ici signifie : Droits de l’homme à la Rama Yade. Et l’article lui est consacré. Encore une fois l’Occident se présente en donneur de leçons. Benchicou lui ouvre une tribune. Etrange : un gouvernement de droite française qui bafoue tous les droits de l’homme trouve à s’apitoyer sur le sort d’une Algérienne. La sympathique Rama Yade sait-elle au moins qu’elle fait partie du lot des ministres à juste titre qualifiés d’alibis. Cache-sexe du mépris et du saccage. Or Benchicou nous invite à venir paître dans son râtelier qu’il nous présente comme étant celui de la tolérance. Chez lui, le cap du énième millier de visiteurs est dépassé. Autant y aller. Consommer politique… Les idées et les valeurs… ça s’importe ! Et ça tue… quand ça pue et que c’est avarié.

Algérie : Tollé autour de Habiba la chrétienne persécutée. Benchicou enfonce le clou. Habiba est persécutée. Il en est catégorique. Mais son information est puisée chez ses confrères algériens – en tout cas tronquée des éléments d’enquête susceptibles de donner une vision nette, d’amener à faire la part des choses, d’inviter à plus de circonspection, d’éviter de tirer des conclusions hâtives… Au lieu de cela : des appels quasi ‘’insurrectionnelles’’. Le moindre en fait est que cela suscite la hargne, pousse au chaos – au prétexte de parer au désordre. Pardon, Habiba, si je te contrarie. Et si je t’offense. Nous sommes tous des justiciables. J’aurais été juge, je vous acquitterais. Attends, pas à si bon compte. Prison avec sursis. Je te ferais remarquer – si tu ne le savais pas – et que tu n’en étais pas consciente – qu’il y a une loi qui interdit le prosélytisme. L’Etat pour le bonheur de tous entend la faire respecter. La prochaine fois... la prison ferme.

Boualem Sansal : ‘’Nous vivons sous un régime national-islamiste’’. Boualem revient. Pas seulement en arrière. Ni pour rien. Chez Benchicou, il reprend place à la une. Pensez-vous, si on peut mieux que Benchicou orienter l'opinion. Boualem : une autorité intellectuelle. Même si ses propos sont recyclés, à l'envi. Et son esprit formaté, outre méditerranée. Au final : coups d'épée dans l'eau. Que ça ! L'homme rase les murs en Algérie – son pays qu'il déteste, qui le déteste. Le parallèle islamisme/nazisme, qui en croit vraiment aujourd’hui pour lui tendre l’oreille. Thèse invalide. Ça marche encore chez ‘’nous’’. J'en conviens. Et ça arrange pas mal de monde.

Qu'importe. Monsieur Benchicou opère par identification : aujourd'hui, il prend à cœur l'affaire "Habiba". Humanisme oblige. Peut-être. Mais il veut surtout lui donner une résonance politique et idéologique. Par quel moyen ? Par une vision du monde à la Rama Yade. Ça sent le Sarkozisme …et sans conteste le mépris qu’a l’Occident vis-à-vis de ‘’nous’’. A quel prix ? Cher… trop cher… Je vous le dis : il fait le jeu de certains. Il apprête les consciences à recevoir ‘’le saint sacrement’’. L'essentiel étant pour lui d'avoir raison sur Bouteflika et son pouvoir.

Donc : alignons si vous le voulez bien ces noms et faisons le compte : Benchicou + Sansal + Chebel + Habiba VS Bouteflika et consorts. Très simple ! Opportun veut dire opportunité si ce n'est opportunisme – certains jours. J'oubliais : la grande contradiction ! Monsieur Benchicou, dans un article paru sur Le Matin Dz, donc chez lui-même, a fustigé le Sansal du "Village de l'Allemand" – au même titre que le Marek Halter de tous les partis pris, qu'il dit regretter d'avoir lu. C’était quand il annonça à ses lecteurs qu’il n’irait pas au Salon du livre de Paris. Evident : il n’avait pas le front d’airain de Sansal. Ou peut-être : il n’avait pas de chèque à empocher.

Pas grave : sa colère est maintenant passée… On peut lui pardonner. Aujourd’hui, l’heure est aux règlements de compte. Aussi peut-être faudrait-il aujourd’hui, plus que jamais, régler les pendules à l'heure de Sansal, du Nouvel Obs, de La Croix, de Jésus, de Rama Yade… plutôt qu'à l'heure de Mahomet qu'on mêle à tous les intégrismes et tous les totalitarismes. Qu’on mêle à toutes les intolérances en s’en défendant de faire rien de tel. C’est à se demander quel Algérien n’a pas – peu ou prou – les pieds dans la fange. Puisque notre athéisme, notre laïcité, notre ouverture d'esprit, notre vision de démocrates, sont eux aussi pour le moins entachés d’intolérance. De machiavélisme. La demi-mesure, nos démocrates autoproclamés la connaissent-ils ? Les extrêmes se touchent. Que l’on soit de la trempe de Sansal ou de Ali Belhadj …toujours la rage. Et la table rase !

Rédigé par :

Mohamed-Salah Zeliche

Article paru in La Nouvelle Republique du 03-06-2008

http://sentiers-sentiers.blogspot.com/

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Relevé dans le livre d’or de : http://dzlit.free.fr/

Le 26/05/2008 à 22:07:55 De : Youghourta Kebbous

Je suis un visiteur régulier de la page et je voudrais encore une fois vous feliciter et vous dire merci pour la bonne tenue. ce que je voudrais par contre exprimer, c’est ma tristesse de voir le lynchage affreux qui se fait sur votre page sur l’écrivain Boualem Sansal. il n’y eu aucune réponse au problème que pose l’écrivain, c’est dommage ça aurait fait un débat qui traitera l’Algérie d’aujourd’hui.

Le nazisme et l’islamisme. Si la combinaison vous semble vulgaire et bien messieurs dames, je doute de votre sincérité a vous. Dites-moi les auteurs d’aujourd’hui qui dénoncent le glissement politique actuel aujourd’hui en Algérie la corruption, la répression, la hogra, l’intolérance...qui la dite? on n’a pas fini de nous battre pour une liberté de l’expression pour faire parler la société, faire dialoguer le peuple que la violation de l’intégrité et du droit d’avoir une conscience en Algérie pointe du nez. En Algérie ça sent mauvais chez nous, Boualem Sansal en citoyen et intellectuel responsable et modèle tire la sonnette d’alarme. J’ai lu tous les ouvrages de cet écrivain d’un trait depuis la lecture d’Algerie poste-restante (sauf le sermon des barbares) j’attends vivement le prochain. Vous voulez faire les réconciliateurs mais autour de quel projet? vous voulez le silence des vrais intellectuels, qui ont un rêve et l’amour de leur terre et de leur peuple. Boualem Sansal est l’homme authentique au milieu des siens.
Mes amitiés

Youghourta Kebbous

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27 mai 2008

Bonjour toutes, tous,
Comme je le fais régulièrement, j'ai jeté un oeil sur le livre d'or du site DzLit. La plupart du temps, il n'y a rien de nouveau, mais aujourd'hui un message m'a interpellé, c'est celui de Youghourta Bebbous (pseudo bien sûr).
Le message parle de lynchage affreux de l'écrivain Boualem Sansal sur DzLit et doute de la sincérité du site.
Chacun pouvant avoir son avis, même injuste, je n'en aurais fait aucun cas si je ne m'étais rappelé qu'il y a peu, il m'était reproché ici même d'aider mon ami Sansal.
Je trouve, comme l'a dit Jean de La Fontaine qu'on ne peut contenter tout le monde et son père.
Il faudrait donc savoir !
(Je signale au passage qu'il y a, à ce jour 1282 pages distinctes d'auteurs !)

J'ai fait une réponse à ce cher visiteur et vous en donne copie ci-après.
Amitiés,
Lounes Ramdani

Bonjour Youghourta Kebbous,

Je viens de lire le message que vous avez bien voulu laisser sur le livre d'or de DzLit et je vous en remercie.
Je tiens à vous faire remarquer que le site propose des pages dédiées à de nombreux auteurs et que chaque page à vocation à reprendre des commentaires et articles de presse qui ont paru relativement aux ouvrages de l'auteur.
Ces articles sont repris sur DzLit, avec citation du journal, de la date et du journaliste auteur, sans pour autant refléter d'opinion ou de jugement de valeur.
Par ailleurs sont repris aussi bien les articles qui encensent l'auteur que ceux qui le fustigent, c'est la pluralité des avis. Il n'a jamais été question de censurer ni de s'interdire de faire état d'un avis contraire, au motif qu'il ne serait pas favorable à l'auteur.
Je précise toutefois que je partage votre opinion sur Boualem Sansal qui a le courage de dire ouvertement ce que beaucoup pensent depuis longtemps sans le dire.
Mais est-ce une raison, justement, pour se voiler la face et faire comme s'il n'y avait que des avis favorables ? D'ailleurs la plupart des autres articles lui sont très largement favorables.
Les reproches éventuels, s'il y a lieu, ne doivent être adressés qu'aux auteurs des articles et non au site qui les mentionne en toute impartialité.
Je vous réitère mes remerciements pour votre message.
Bien cordialement,
Lounes Ramdani

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27 mai 2008

Votre réaction à ce mot me parait très juste Lounes, en effet les avis même s'ils sont divergents doivent pouvoir être lus. Amicalement.

Marie
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